Du blog au blogging … so consterning

Avant c’était simple, on appelait les choses par leur nom. Mais depuis une vingtaine d’années, on trouve beaucoup plus chic d’ajouter « ing » à la fin des mots. Ces néologismes très British censés apporter une touche de modernité témoignent surtout d’un certain snobisme pour se donner un vernis « mondialisé » sans faire d’effort.

« Un Anglais, c’est un type comme nous, sauf qu’on ne comprend pas ce qu’il dit ». Domitille de Pressensé.
Certes il est difficile de résister à la déferlante des termes anglo-saxons, mais derrière cette couche de pseudo-modernité se cache un ripolinage en règle avec l’adoption de termes rutilants pour se créer une apparente coolitude : c’est quand même plus chic de faire du moofing que de travailler dans des cafés, ou du slashing que d’exercer plusieurs métiers à la fois.
Mais la forme en « ing » dont on a appris dans nos cours d’anglais qu’elle exprime une action « en train de se faire », surligne surtout en grosses lettres l’état d’esprit de ces écosystèmes professionnels dominés par le fantasme de la transformation permanente.

« L’anglais, ce n’est jamais que du français mal prononcé ». Georges Clemenceau
Le sociologue Ronan Chastellier a bien résumé la situation, dans un article du Monde : « comme les Français sont nuls en anglais, ils ont tendance, par compensation, à abuser des termes en « ing ». Par osmose, ils parlent le même langage transnational que leurs clients, quitte à devenir aussi idiots qu’eux ».

« Je me suis remis à la clarinette. C’est ce qui se rapproche le plus de l’anglais ». Raymond Devos
Ces mots en « ing » fonctionnent comme des « tags », ces mots-clés qui sont des marqueurs quasi incontournables. Même si un mot similaire existe en français, il est de bon ton d’avoir l’air branché en employant sa version anglaise.
L’univers professionnel est un gros consommateur de ces anglicismes mais cette culture du tag qui utilise certains mots plutôt que d’autres se retrouve aussi dans la sphère privée. lls sont plus efficaces pour exprimer avec une économie de signes de nouvelles façons d’être.

J’ai commencé à comprendre les Anglais le jour où j’ai enfin réalisé qu’ils disent exactement le contraire de ce qu’ils pensent ». Marianne Faithfull
La colonisation massive a diaboliquement ringardisé le langage correct. Si vous êtes réfractaire, vous serez considérés comme opposé au changement.
Heureusement cette forme lexicale se banalise et perd très vite de sa valeur. So boring …

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