La Covid 19, Socrate et le syndrome de Thucydide

Entre 430 et 427 avant JC, une terrible épidémie cause subitement la mort de dizaines de milliers de morts à Athènes.
Socrate a 40 ans et ne quitte pas la ville, continuant à déambuler au contact de ses concitoyens.
Thucydide a 20 ans et survit à la maladie ; devenu historien, il raconte cet épisode  dans son ouvrage Histoire de la guerre du Péloponnèse.

Une épidémie dont on ne sait rien
En 4 ans, elle fait un carnage parmi la population, s’atténuant puis revenant, tuant au final un tiers des 200 000 habitants d’Athènes. La ville est en bonne partie insalubre, les maisons étroites, les égouts inexistants, favorisant la propagation de la maladie. Les médecins sont totalement impuissants, aucun remède ne fonctionne, pas plus les multiples offrandes faites aux Dieux dans les temples. Après 4 années l’épidémie se retire enfin, par vagues successives.
Les malades sont contaminés subitement alors qu’ils sont en bonne santé, la plupart décèdent au bout de 7 à 9 jours mais ceux qui ont la chance d’en réchapper en gardent des traces incurables, une forte amnésie et la gangrène.

Socrate, imperturbable
Socrate a montré tout au long de sa vie qu’il ne craignait pas de mourir. Condamné à mort, il a expliqué – conversation retranscrite par Platon dans Criton – son échange avec son ami Criton qui lui propose de s’enfuir d’Athènes : mieux vaut affronter la mort plutôt que de contrevenir aux lois de la cité et commettre ainsi une injustice qui mettrait en péril sa légitimité.
Pendant l’épidémie, Socrate n’a pas quitté la cité, qui est toute sa vie. On le croise au marché, dans les quartiers populaires, les gymnases. Fidèle à ses habitudes, il échange avec ses disciples et demeure parfois seul longtemps, sans parler ni bouger, à méditer. Alors que la folie côtoie la mort, Socrate reste digne et serein, égal à lui-même au cœur de ce désordre extrême, cultivant le respect du devoir. Le philosophe s’instruit en contemplant le désordre ambiant.

Thucydide, le premier journaliste
Profondément attaché à retranscrire la réalité et à relater les faits avec justesse, alors que nombre d’historiens exaltaient les vertus d’un camp contre l’autre, Thucydide n’a écrit qu’un seul livre, Histoire de la guerre du Péloponnèse, pierre fondatrice et chef d’œuvre de l’historiographie, fruit d’une étude rigoureuse des faits dans le strict respect de la chronologie.
Extraits : « le mal, dit-on, fit son apparition en Ethiopie ; de là il descendit en Egypte et en Lybie et se répandit sur la majeure partie des territoires du Roi. (…) On mourrait, soit faute de soins, soit en dépit des soins qu’on vous prodiguait. Aucun remède, pour ainsi dire, ne se montra d’une efficacité générale ».
Bien que rien ne soit certain au sujet de cette étrange maladie, les médecins américains qui se sont penchés sur cet épisode historique et médical l’ont baptisé « le syndrome de Thucydide ».

L’histoire pour connaître le passé, comprendre le présent et se projeter dans l’avenir.

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