La journée du Grand Nettoyage

Emails archivés, photos stockées, fichiers inutiles, données obsolètes, comptes oubliés … créent une pollution numérique qui demeure invisible. Dans son étude, « la face cachée du numérique », l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) estime que ce secteur serait responsable de 4% des émissions totales de gaz à effet de serre (GES), chiffre qui pourrait doubler d’ici 2025.
Pour sensibiliser les citoyens à ces enjeux, l’organisation citoyenne World Clean Up Day et le groupe de réflexion Institut du numérique responsable ont organisé samedi 19 septembre la première journée mondiale du nettoyage numérique.

Un enjeu global
Après s’être attaqué au ramassage des déchets sauvages sur les plages, les forêts ou les rues, le World Clean Up Day fait la chasse aux déchets numériques en organisant un grand nettoyage des données.
« On fournit aux entreprises, écoles ou citoyens volontaires un kit de sensibilisation au sujet avec, par exemple, une vidéo sur les impacts environnementaux du numérique, puis des outils pour faire le tri dans leurs appareils. Prendre le temps de supprimer ses emails permet avant tout une prise de conscience » explique Kévin Guérin, chargé du projet chez Cyber World Clean Up Day.

Le numérique est une ressource non renouvelable
Le nettoyage des données – pour vertueux qu’il soit – doit conduire à s’attaquer au fond du problème. Pour Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique, « il faut engager un changement à long terme dans ses habitudes ».
Ces changements de comportement concernent également nos équipements, eux-mêmes très polluants et mal recyclés, qui représentent 47% des émissions de CO² du numérique.
Ils utilisent des matières premières rares et en voie de disparition : plus encore que de nettoyer nos données, il faut limiter l’achat de nos équipements et privilégier les appareils reconditionnés.

Vers plus de sobriété
La donnée numérique pollue principalement du fait de sa conservation car elle est stockée dans des data center dont le fonctionnement, 24 heures sur 24, est extrêmement gourmand en énergie et en ressources nécessaires à leur refroidissement. « La chaleur qu’ils émettent est parfois réutilisée, mais, dans le cas contraire, elle perturbe l’environnement et la biodiversité » souligne Kévin Guérin. Ces data center représentent 28% des émissions de GES du numérique.

Quelques recettes …
De nombreux gestes simples et quotidiens rendent l’usage du numérique plus écoresponsable : éteindre sa box en son absence, baisser la luminosité des appareils énergivores, supprimer l’historique et fermer les fenêtres web délaissées pour alléger les serveurs, intégrer à ses favoris les sites fréquemment utilisés sans avoir à passer par un moteur de recherche – geste qui à lui seul divise par 4 les émissions de gaz à effet de serre.
Le visionnage de programmes en streaming représente à lui seul 60% des flux de données sur internet, soit autant que les GES de l’Espagne ou 1% des émissions mondiales, selon le groupe de réflexion français The Shift Project.

Pour le numérique aussi, la solution passe par un changement des habitudes de chacun autant que par une législation plus contraignante.

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