L’autorité … posture archaïque ou management innovant ?

L’image du manager dont la parole divine descend sur des collaborateurs aux ordres semble jaunie par le soleil de la nouvelle économie.
Elle semble bien loin de l’idée d’entreprise agile ou de management participatif, comme si l’autorité n’entrait plus dans le champ de la compétence managériale.
Or l’entreprise libérée n’est pas une entreprise anarchique mais un lieu de responsabilisation. La confiance n’exclut pas le contrôle et l’autonomie l’encadrement.

 L’autorité n’est pas une posture mais un véritable impératif
On parle maintenant de transformation digitale, de collecte de big data, de « soft skills » et de transformation des métiers, de mode « gestion de projet » et de pluridisciplinarité mais plus rarement d’autorité, comme si son exercice était plus honteux encore que la pratique du piano dans un bordel !

Du latin « auctoritas », capacité à faire grandir, à augmenter
Mais quand on parle de transformation de l’entreprise, l’autorité exercée par son dirigeant est indispensable. Et c’est là le défi du dirigeant, son véritable rôle : faire grandir son organisation et ses équipes pour proposer de nouvelles sources de valeur, qu’elles soient économiques, financières ou humaines.

Le pari d’Elon Musk (fondateur de Tesla)
L’autorité ne sert pas uniquement à contrôler le pouvoir, mais aussi à conduire le changement.  Sa vision, sa posture et sa capacité à innover ont un impact aussi bien sur l’image de son entreprise que sur la fierté de ses salariés ou les attentes du marché.
Sans son autorité, son projet serait perçu par tous comme une lubie alors qu’il s’est positionné différents secteurs avec une forte capacité d’innovation.

Aujourd’hui, la société et l’entreprise sont managées plutôt que gouvernées
Dans notre société hédoniste, le chef ne possède plus cette légitimité liée au sacré. L’ère numérique s’installe et le pouvoir est transféré au collectif, les notions de décloisonnement et de travail partagé prévalent.
Là où le commandement reposait sur une confiance  partagée entre dirigeants et dirigés, le mangement, qui est une science, fonde ses décisions sur des critères purement rationnels et des preuves. Pour le sociologue Michel Maffesoli, « les cinq valeurs sur lesquelles la société moderne s’est construite s’effondrent : l’individualisme, la valeur travail, le rationalisme, l’utilitarisme et la vision du futur ».

Avec le numérique, le temps est venu d’une société collaborative.
Dans les entreprises, une transversalité qui « désilote » s’installe, crée de la transparence et tuent les « petits chefs ». Les pouvoirs figés s’étiolent et la vieille élite est remis en cause ; Pour le philosophe Michel serre, «  on est dans une époque qui n’est plus soumise aux maîtres, mais au savoir ». Le savoir n’a jamais été aussi déterminant.

Comment diriger en 2018 ?
En prenant conscience de l’enjeu de ses prises de décision et de ses paroles et en évaluant les risques de diffusion d’une information à l’heure du « fact checking » et d’internet, qui fait raisonner une information aux quatre coins du monde en quelques clics.
Entre les mains d’un chef sans étincelle, l’autorité semble arbitraire. Il doit penser vite, en plusieurs dimensions, agréger des paramètres qui n’étaient auparavant pas réunis.
A l’ère de la marque employeur, le chef est aussi le coefficient multiplicateur, celui qui réalise la synergie du groupe et augmente la somme des valeurs individuelles. Il conjugue la somme des talents de chaque collaborateur, les révèle, les libère.

A l’ère du numérique, le chef incarne une posture d’auteur et sait trancher.
Il possède une langue qui a la capacité de transporter son auditoire, alliant instinct et « parler juste ». Il convoque la raison pour convaincre avec une émotion qui séduit.
Le dirigeant portera toujours le sens de l’entreprise. Plus que jamais, sa parole incarne la cohérence de l’écosystème complexe d’une entreprise devenue média. Le pouvoir est dans la savoir, mais aussi dans le dire et le voir. Le chef de demain sera légitime et tellement porteur de qualités paradoxales qu’il sera rare, presque introuvable.

 

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