Le slasher ne sait pas slasher sans son slash, mais il y travaille

Ils sont désormais plus de 4 millions à cumuler des boulots complètements différents : clown / agriculteur, informaticien / caviste, DJ / commercial…

L’important c’est le slash, le signe « / », slash en anglais, qui sépare les deux activités professionnelles distinctes.

Vous en connaissez certainement qui ont choisi de cumuler, tel le premier député / maire venu, deux activités, deux revenus, deux identités presque.

Car oui le slasher n’est pas le nouveau monstre enfanté par un monde du travail pantagruélique et affamé mais une personne qui a fait le choix d’exercer plusieurs activités en même temps, dans des secteurs d’activité qui n’ont rien à voir.

Le « gagner plus » ne serait pas sa motivation pour « travailler plus » (à 70%). Un tiers exerce même cette seconde activité par passion. Le slasher incarne une vision complètement transformée et renouvelée du monde du travail car il a intégré la précarité comme mode d’emploi. S’il n’a pas l’ambition de devenir riche, le slasher s’applique plutôt à mener une vie épanouie dans des domaines qui l’enthousiasment.

Plus de 65% exercent leur activité au moins une fois par semaine et plus du tiers au moins 10 heures. Même quand on exerce cette seconde activité par passion, doit-on la considérer comme un loisir ou un travail ? Avec le risque de mélange des vies personnelles et professionnelles, de se faire déborder, se ruiner la santé et mettre en péril son premier métier.

Le slasher appartient à toutes les catégories d’âge et cherche à multiplier les opportunités plutôt qu’à accomplir une carrière. Habitué à faire plusieurs choses à la fois, il court pour enrichir le récit et en délivrer le romanesque. Pour le psychanalyste Samuel Lepastier : « lorsqu’on exerce plusieurs métiers, on est forcément moins prisonnier d’un schéma de pensée. Cela permet de nourrir un profil original ».

Grâce au développement d’une législation qui pousse à l’auto entreprenariat et aux sites collaboratifs, le slasher est le candidat naturel à la création de sa propre structure, un véritable tremplin vers l’autonomie et une alternative à un marché de l’emploi sinistré. Plus d’1/3 des slashers est donc entrepreneur. Et mieux armé pour réussir que la moyenne grâce à son expérience dans les affaires, l’expertise de son activité et son dynamisme.

Les nouvelles technologies créent des vies multiples qu’affectionnent les enfants du zapping. Avec internet, il est plus facile de cultiver une passion et d’en faire son (second) métier pour jouir d’une plus grande liberté. Jouer sur deux tableaux permet d’éviter de subir une hiérarchie et la dépendance vis à vis d’une entreprise ou d’un patron. Il y a chez le slasher « l’idée que l’on ne devient soi-même que si l’on est auteur de sa propre vie » assure le sociologue François de Singly.

En exerçant plusieurs métiers, on garde toujours la possibilité d’être un autre ;  mais aussi un obsessionnel qui ne parvient pas à choisir ou un phobique qui persiste dans un refus de l’engagement.

Pour Jean Viard, un autre sociologue, « le cumul volontaire et assumé de métiers s’apparente à une forme de donjuanisme professionnel ». Le « je » devient une somme de toutes nos identités et les fractionne. Il ne faudrait pas qu’un excès de slash provoque un clash ! Should I stay or should I go ?

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