Le smartphone, nouveau doudou numérique

La technologie modifie notre rapport à l’espace et au temps : elle favorise « un nouveau monde où un espace sans distance et un temps sans délai se superposent peu à peu à l’espace-temps classique »1.
Nous succombons facilement à l’ivresse de gérer plusieurs choses à la fois car chaque heure doit être encore plus rentable.
Le temps et le lieu de travail sont fragmentés ; ils nous imposent une réactivité en temps réel et un engagement de tous les instants.

Un rapport fusionnel
Notre smartphone est personnalisable, selon nos goûts et nos besoins et nous construisons avec lui une relation très tactile. « Il y a une dimension adhésive avec ce téléphone et les gens n’ont pas conscience de ce lien très puissant qui nous renvoie à relation du corps maternel »2.
Le portable peut également occuper d’autres fonctions : « il peut vous permettre de mettre en scène votre vie pour pallier votre solitude ou votre manque de reconnaissance »3. Le rapport entre l’homo sapiens et son portable se renforce d’année en année.

La tyrannie de l’immédiat
Elle est provoquée par l’augmentation des flux, tant professionnels que privés, et exacerbée par la multiplication exponentielle des réseaux sociaux. Il faut être partout à tout moment : cette forme d’utopie communautaire engendre une logique de court terme et des comportements parfois proches de l’hystérie.
Heureusement – ou malheureusement – nous nous sommes habitués à gérer 3 ou 4 informations simultanément. Nous nous adaptons pour piloter ces différentes interactions simultanément : sollicitations multiples, médias variés, ergonomies distinctes, le tout sur le même terminal. Concrètement, nous avons appris à jongler.

On devient hyper réactif
La technologie nous désenclave par rapport à l‘espace et au temps en nous offrant la possibilité de nous délocaliser et de nous « décontextualiser » par la maîtrise du moment et du lieu. Cette capacité nous donne le sentiment de dominer le temps et, surtout, notre propre temps.
La sociologue et psychologue Nicole Aubert qualifie ainsi le sentiment que nous éprouvons d’ « ubiquité existentielle ». Mais cette sensation fait de nous des prisonniers de l’instantanéité, surtout dans notre vie professionnelle.

On ne prend plus le temps d’apprendre
Les occasions sont de plus en plus nombreuses, mais l’instant nous en dissuade. Nous délaissons l’apprentissage des nouvelles technologies et leur utilisation au profit de l’instant présent, n’hésitant pas à mettre en cause la technologie.
Cette méconnaissance de l’utilisation des produits est plutôt dûe à un excès d’informations mal comprises et intégrées. Ce déploiement de multiples outils de communication à distance, notamment dans le cadre du télétravail, risque de dissoudre le lien social alors qu’il est là pour le resserrer.

Comment redéfinir le sens du travail
La frontière entre la vie privée et la vie professionnelle s’efface depuis que nous travaillons à la maison et jouons – au babyfoot, au ping-pong – au bureau. L’économiste Julia Bouzou et la philosophe Julia de Funès4 dénoncent cette société où les consoles de jeu remplacent la quête de sens par la poursuite illusoire du bonheur au bureau.
Pour échapper à la promesse d’une disponibilité illimitée, faut-il se déconnecter ?

Digital detox
Etes-vous prêt à vous passer de votre doudou ? Ou êtes-vous simplement agacé par l’immixtion galopante de votre smartphone dans votre vie privée, qui représente pour le sociologue Olivier Glassey « un facteur aggravant de stress informationnel ».
Diminuer l’usage de son smartphone représente donc un moyen de reconquérir un espace dans lequel on peut se soustraire à cette pression ».

1 Francis Jauréguiberry, extrait de « Usages et enjeux des technologies de communication »
2 Michel Stora, psychanalyste, co-fondateur de l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines
3 Laurence Allard, Enseignante à l’université de Lille 3
4 extrait de « la comédie in(humaine) »

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