Derrière ce titre à rallonge se cache un fabuleux concert et, accessoirement un des plus beaux exemples de sérendipité sur la manière de surmonter les obstacles. Voici comment The Köln Concert, le concert, et le disque, de Keith Jarret ont bien existé. *
Il y a tout juste 50 ans
Au départ, c’est l’histoire de Vera Brandes, 18 ans. Son rêve : organiser un concert de Keith Jarret sur la scène de l’Opéra de Cologne.
C’est elle qui a négocié, convaincu, improvisé la logistique, dans une Allemagne encore rigide. Et investi tout son argent.
Un fiasco annoncé
Keith Jarett arrive épuisé avec un sérieux mal de dos. Il trouve un piano d’étude fatigué, au lieu du Bösendorfer imperial qu’il avait exigé par contrat mais n’est pas disponible à cause d’une grève.
Il refuse de jouer et annule. Avant d’accepter finalement, convaincu par Vera Brandes : « Keith, si tu ne joues pas ce concert, je suis foutue. Et tu seras foutu aussi ».
C’est un triomphe et le disque se vendra à plus de 4 millions d’exemplaires.
Les 4 notes du Carillon
C’est le jingle qui résonne dans la salle et appelle les spectateurs à rejoindre leurs sièges (Jarett passe après une première partie d’un opéra à l’ambiance sombre, Lulu d’Alban Berg).
Le pianiste reprend ces 4 notes et développe ce thème pendant tout le concert, réalisant la plus célèbre improvisation de jazz.
Keith Jarret ne veut plus en entendre parler
Agé de 79 ans et diminué par une série d’AVC en 2018 qui l’ont laissé en partie paralysé, le pianiste a rejeté son oeuvre, qu’il a qualifié de répétitive.
Il a déclaré vouloir détruire tous les exemplaires du 33 tours.
Le mystère de la création
Presque aucune archive n’existe, hormis l’enregistrement lui-même. Plusieurs des protagonistes de cette soirée mythique refusent de s’exprimer à son sujet et les seuls témoignages qui nous sont parvenus sont souvent contradictoires et ne font qu’épaissir le mystère.
Un film et un documentaire
Au rythme de Vera, le film, est sorti le 25 juin, il raconte le parcours de Vera Brandes jusqu’à l’organisation du concert.
Plus intéressant encore, le documentaire, Lost in Köln, en salle plus tard cette année, est une enquête rocambolesque qui relève le défi de résoudre le mystère de l’événement. Il promet de nombreux éléments historiques jamais évoqués, qui donnent un nouvel éclairage à cet œuvre.
Passez un bel été, on se retrouve à la rentrée pour de nouvelles aventures.
* Merci à Gilles qui m’a raconté l’anecdote et aiguisé ma curiosité.